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Accueil du témoignage d'un.e rescapé.e du génocide des Tutsi en classe

Le témoignage est un outil essentiel de transmission et de compréhension du génocide au Rwanda. La rencontre entre les élèves et le témoin requiert une bonne préparation des élèves et du témoin pour la réussite du projet pédagogique mis en place par l'enseignant. 

Cet article propose les étapes clés à prendre en considération. Il s'inspire de l'expérience des membres de Muyira en tant que témoins et accompagnateurs de témoins dans les écoles; et de diverses collaborations avec d'autres acteurs de transmission de la mémoire en Belgique tels que la cellule La Haine je dis Non! (CCLJ) et l'Union des rescapés du génocide des Tutsi de Liège (URGT). Il est également basé sur une étude menée par La ligue de l'enseignement (France) et Ibuka France. 

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Préparation de la rencontre entre le rescapé et les élèves

 

Pour préparer un témoignage en classe, le rapport entre le témoin-rescapé (émetteur), les élèves (récepteurs) et l’enseignant (récepteur-médiateur) doit être réfléchi, élaboré, cadré pour permettre la réussite de la transmission, dans une perspective à la fois humaine (accueil attentif et constructif d’un rescapé d’un événement traumatique) et pédagogique (donner du sens aux échanges entre le témoin et les élèves). Comme le suggère avec justesse la psychanalyste Régine Waintrater, le témoignage de survivants des génocides s’inscrit dans un contrat moral scellé entre le témoin et celui qui recueille son témoignage. Comme un voyage partagé, le premier livre sa mémoire quand le second l’accompagne et le protège. L’enseignant se positionne ainsi : il est l’accompagnateur de confiance du témoin-rescapé vers les élèves. Il reste le facilitateur de la transmission. Les élèves, receveurs du récit de vie, deviennent dépositaires d’une parole. Elle les implique, d’autant qu’ils ont été actifs dans la préparation de la rencontre.

1. Préparation de l’enseignant

  • Inscrire le témoignage dans un projet plus large et transversal en imaginant une restitution, par exemple via une création artistique

  • Sur le sujet : contextualisation historique du témoignage

  • Sur le vécu du témoin : rencontrer le témoin. L’occasion, pour chacun de déposer ses motivations, ses attentes, ses craintes et ses recommandations vis-à-vis du témoignage. Retranscrire sa parole, noter tout ce qui pourra être documenté par des sources complémentaires, sélectionner les documents dont le témoin dispose pour illustrer son témoignage (photographies, documents officiels, cartes, etc)

  • Etablir une chronologie du génocide des Tutsi au Rwanda

  • Faire le lien entre la chronologie et la chronobiographie du témoin

  • Présenter sa classe et ses élèves afin de préparer le témoin à la rencontre

  • Organisation logistique du témoignage.

2. Préparation des élèves​

  • Vérifier que les élèves savent de quoi il est question lorsqu’on parle du génocide des Tutsi au Rwanda : quels sont les mécanismes de la mise en place du génocide contre les Tutsi au Rwanda et de son exécution ? Quelles sont les caractéristiques et spécificités du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994 ?

  • Les encourager à regarder des films et lire des livres sur le sujet.

  • Qu’est-ce qu’un témoin rescapé ? Il est placé ici au centre la démarche pédagogique. Porteur d’une mémoire restituée au moment de cette rencontre. Il est acteur de l’événement. Il n’est pas le dépositaire de l’histoire mais d’une mémoire de l’événement.

  • Dire l’indicible : comment témoigner d’un génocide ? Expliquer aux élèves que le témoin prend un risque en témoignant, il engage sa personne. Il s’agit d’adopter une attitude à la mesure de cet exercice difficile

  • Accompagner les élèves dans la formulation de leurs questions au témoin

  • Envisager avec les élèves les émotions ressenties à l’idée de rencontrer un rescapé

  • Envisager une discussion avec le témoin

  • Pourquoi un tel projet ? Quels liens avec les apprentissages attendus ? Quels objectifs ?

3. Préparation du témoin

Note : le témoin est là pour parler de son expérience personnelle, aucun niveau d’analyse n’est exigé de sa part.

  • Faire connaissance avec l’enseignant et éclaircir le contexte de l’invitation, vérifier ce que l’enseignant a déjà abordé en classe, recevoir une brève présentation de la classe et de ses élèves

  • Ses documents annexes et personnels pour les montrer aux élèves après le témoignage ou les projeter pendant son témoignage

  • Connaître les attentes du professeur

  • Délimiter sa prise de parole (ce qui peut être abordé ou pas) et le temps qui va  être consacré au témoignage.

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Le témoignage en classe

Le recueil du témoignage d’un rescapé s’inscrit dans un temps important pour ce dernier : il se livre dans le cadre d’une démarche de transmission, et attend empathie et fiabilité de ceux à qui il a donné sa confiance et ceux avec qui il a préparé cette rencontre. Ainsi, l’accueil du témoin-rescapé dans l’établissement doit se faire dans des conditions réfléchies et optimales de considération et d’écoute. Les engagements pris lors de la réunion de préparation doivent être respectés.

 

Comment veiller à ce que ce temps court (celui du témoignage) s’inscrive dans le temps long ? De la nécessité de s’inscrire dans un projet transversal avec restitution éventuelle (artistique ou autre) par les élèves. .

1. L’interaction communicative

  • La présentation du témoin par le professeur, les raisons de sa présence, rappel du déroulé de la rencontre, situer le parcours du témoin dans l’Histoire en général, sa situation actuelle

  • La présentation des élèves par le professeur

  • La prise de notes en classe : objectif devenir le maillon de transmission.

2. L’analyse critique des données en classe

  • Une critique interne : des questions au fur et à mesure du témoignage, lorsqu’il y a des éléments qui ne sont pas compris par les élèves ou lorsqu’ils trouvent que c’est contradictoire

  • Une critique externe permise par l’apport de sources complémentaires de nature différente.

 

3. Autres sources

  • Contextualisation spatiale du témoignage via des cartes.

 

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L’approche « historienne »,  l’approche « citoyenne » et l'approche « artistique »

L’approche historienne

  • Faire le lien entre l’Histoire politique et ses conséquences sur la vie des individus

  • Exercice : 

A partir de la chronobiographie du témoin, inscrire les événements historiques (lois, décisions politiques) qui correspondent aux événements de sa vie.

L’approche citoyenne

  • Analyse des schémas, analyse comparée des crimes de génocide

  • Travail de résumé en sous-groupes d’élèves, prise de notes, restitution collective de ce qu’ils ont retenu, exercice de mise en commun à partir des sujets suivants : les composantes d’une identité culturelle, la discrimination, l’exclusion, l’assassinat, la survie, la reconstruction. 

  • Objectifs :

- Retenir l’histoire de la vie du rescapé et lui donner une dimension universelle.

 

L'approche artistique

Les élèves sont invités à réaliser une production artistique visant à rendre compte de leurs apprentissages et à exprimer leurs émotions et ressentis vis-à-vis de cette expérience du témoignage en classe. Cette production pourra être partagée au rescapé et valorisée au sein de l'école. 

Pour aller plus loin sur le même sujet:

Site web:

www.enseigner-temoigner.org

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